Criques et calanques secrètes de Croatie : entretien avec un passeur de bateau-taxi

Certaines des plus belles criques de Dalmatie centrale ne se rejoignent ni en voiture ni à pied : seule la mer y mène. Pour comprendre comment un voyageur sans bateau personnel peut accéder à ces calanques confidentielles, nous avons rencontré Ivo Barišić, passeur en bateau-taxi à Omiš, environ quinze ans d'activité de transport maritime local héritée d'une tradition familiale de pêcheurs. Réservation, budget, sécurité, criques à privilégier et comportement responsable : un entretien pratique, complémentaire des classements de plages déjà publiés sur ce site.

Publié le 15 juillet 2026 · 14 min de lecture

En Dalmatie centrale, certaines des plus belles criques du littoral ne se rejoignent ni en voiture ni même à pied : la route s’arrête net devant des falaises calcaires et des forêts denses, et seule la mer y mène. Pour comprendre comment un voyageur sans bateau personnel peut accéder à ces calanques confidentielles, nous avons rencontré Ivo Barišić, passeur en bateau-taxi basé à Omiš, à l’embouchure de la Cetina. Ce témoignage est une reconstitution éditoriale illustrant une pratique professionnelle réelle et répandue sur la côte dalmate — le transport de passagers en bateau-taxi vers les criques isolées — sans revendiquer l’existence vérifiable de la personne citée. Pour situer cette activité dans l’offre touristique plus large de la région, notre partenaire lacroatie.com propose également un panorama complet de la Dalmatie centrale.

Ivo Barišić, passeur de bateau-taxi à Omiš, sur son embarcation traditionnelle
Ivo Barišić Passeur et exploitant de bateau-taxi côtier, basé à Omiš — environ 15 ans d'activité Issu d'une tradition familiale de pêcheurs d'Omiš, il opère des excursions journalières en bateau-taxi (gozd traditionnel) depuis l'embouchure de la Cetina vers les criques de Dalmatie centrale, entre Split et Makarska, avec des incursions vers les abords de Brač et Hvar accessibles en journée. Portrait éditorial — entretien reconstitué à partir de pratiques observées sur la côte dalmate

Un métier hérité de la pêche, transformé par le tourisme

Camille Roux : Ivo, pouvez-vous vous présenter et expliquer en quoi consiste votre métier de passeur en bateau-taxi à Omiš ?
Ivo Barišić : Je suis basé à Omiš, à l'embouchure de la rivière Cetina, entre Split et Makarska. Ma famille pêchait ici depuis plusieurs générations, et comme beaucoup de familles de pêcheurs de la côte dalmate, on a vu le tourisme prendre le pas sur la pêche commerciale au fil des décennies. Aujourd'hui, mon activité principale, c'est le transport de passagers vers les criques du littoral, pas la pêche.

Le bateau que j’utilise, c’est un gozd, une barque traditionnelle en bois adaptée à la navigation côtière, robuste et stable, parfaite pour naviguer près des falaises et entrer dans des criques étroites où un plus gros bateau ne passerait pas. Omiš est un point de départ idéal : la ville est nichée entre les gorges de la Cetina et la mer, avec un accès direct à des dizaines de kilomètres de côte karstique vers le sud, jusqu’à la Riviera de Makarska.

Mon travail, en résumé, c’est d’emmener des visiteurs qui n’ont ni bateau ni permis vers des endroits qu’ils ne pourraient jamais atteindre seuls. C’est un métier de passeur au sens propre : je connais chaque recoin de la côte, chaque crique, chaque changement de météo.

Ce qui me frappe, c’est à quel point cette activité reste méconnue des visiteurs étrangers. Beaucoup de touristes qui séjournent une semaine à Split ou Makarska repartent sans jamais avoir mis un pied dans une crique isolée, simplement parce qu’ils ne savaient pas que ce service existait à quelques minutes de leur hôtel. C’est souvent en discutant avec des locaux ou en se promenant le long du front de mer d’Omiš, où plusieurs embarcadères se succèdent, qu’on découvre la possibilité.

Bateau-taxi ou location de voilier : deux mondes différents

Camille Roux : Quelle est la différence entre une excursion en bateau-taxi et la location d'un voilier pour plusieurs jours ?
Ivo Barišić : Ce sont deux usages complètement différents, et je vois souvent des visiteurs confondre les deux avant de comprendre.

La location de voilier, avec ou sans skipper, c’est pour ceux qui veulent une itinérance de plusieurs jours entre les îles dalmates, dormir à bord, changer de mouillage chaque soir — notre entretien avec un skipper professionnel des îles dalmates détaille cette formule en profondeur. Ça demande une organisation en amont, un budget conséquent, et souvent une réservation des mois à l’avance en haute saison.

Le bateau-taxi, c’est tout l’inverse : aucune compétence de navigation requise, aucun engagement de plusieurs jours, aucune nuit à bord. On réserve pour une matinée ou une journée, on visite deux ou trois criques, et on rentre dormir dans son hôtel ou sa location. C’est parfait pour un couple ou une famille en séjour balnéaire classique à Omiš, Split ou Makarska, qui veut simplement une parenthèse plus confidentielle qu’une plage bondée.

Si quelqu’un a une semaine complète et veut vraiment naviguer d’île en île, je lui recommande plutôt de se tourner vers la location de voilier avec un skipper professionnel. Mais pour une sortie d’une demi-journée pendant des vacances classiques, le bateau-taxi est largement suffisant et beaucoup plus simple à organiser.

Les criques que la route n’atteint jamais

Camille Roux : Quelles sont les criques les plus emblématiques que vous faites découvrir, et pourquoi sont-elles inaccessibles par la route ?
Ivo Barišić : Le littoral entre Omiš et le sud de Makarska est très escarpé. Le massif du Biokovo tombe presque directement dans la mer par endroits, avec des falaises calcaires et une forêt méditerranéenne dense qui rendent toute route impossible. Certaines criques sont aussi situées dans le périmètre du parc naturel de Biokovo, où l'aménagement est volontairement limité.

Je propose généralement une sélection de cinq à six criques selon la météo et la demande du jour, toutes accessibles uniquement par la mer sur ce tronçon de côte.

CriqueLocalisation approximativeAccèsParticularité
Crique boisée au sud d'OmišLittoral entre Omiš et PisakBateau uniquementPetite anse abritée, forêt de pins jusqu'au rivage
Anse sous falaise (secteur Biokovo littoral)Riviera de Makarska, zone protégéeBateau uniquementEau très claire, fond rocheux visible
Crique de galets isoléeEntre Makarska et GradacBateau ou sentier très escarpéPeu fréquentée même en été
Baie abritée côté BračAbords sud de l'île de Brač, accessible en journéeBateau uniquement depuis la côteEau turquoise, bon spot de snorkeling
Petite crique familialeProche embouchure de la CetinaBateau, trajet courtIdéale pour une sortie courte avec enfants

Ce tableau reste indicatif : la sélection réelle dépend toujours des conditions de mer du jour et de la fréquentation observée sur place.

Bateau-taxi traditionnel en bois naviguant le long de la côte rocheuse dalmate près d’Omiš, eau turquoise et falaises calcaires

Le déroulé concret d’une excursion

Camille Roux : Comment se déroule concrètement une journée d'excursion, de la réservation à l'arrivée sur place ?
Ivo Barišić : Je recommande toujours de réserver à l'avance en haute saison, idéalement la veille ou l'avant-veille en juillet-août, directement auprès des embarcadères d'Omiš ou via l'office de tourisme local plutôt que via une plateforme en ligne non vérifiée.

Le rendez-vous se fait tôt le matin, généralement entre 8h et 9h, pour profiter d’une mer plate et éviter l’affluence qui s’installe en milieu de journée. Une sortie classique dure entre trois et cinq heures, avec deux à trois arrêts dans des criques différentes, du temps de baignade et parfois un arrêt snorkeling.

Sortie type : rendez-vous matinal à l’embarcadère, trajet vers la première crique, une à deux heures de baignade et de détente, déplacement vers une deuxième crique, retour au port en fin de matinée ou début d’après-midi.

Je recommande toujours d’arriver quinze minutes avant l’heure convenue, avec les affaires essentielles déjà prêtes, car le départ ne peut pas toujours attendre — la marée et la météo dictent parfois le rythme.

Voici ce qu’il vaut mieux emporter pour ce type de sortie :

Pour les visiteurs qui préfèrent loger directement sur la côte plutôt qu’à Omiš même, location-croatie.com référence des appartements et villas de la Riviera de Makarska proches des embarcadères de bateau-taxi.

Budget : collective ou privatisation

Camille Roux : Quel budget un visiteur doit-il prévoir, et quelles sont les différences entre une sortie collective et une privatisation ?
Ivo Barišić : Il y a deux formules principales, et le choix dépend surtout du groupe et du budget.

La sortie collective, en taxi-boat partagé avec d’autres visiteurs, revient moins cher par personne mais impose un horaire fixe et un itinéraire commun à tout le groupe. C’est adapté aux solos, couples ou petites familles qui veulent limiter le budget.

La privatisation, où le bateau est réservé pour un seul groupe, coûte plus cher au total mais se répartit facilement sur plusieurs personnes, et permet de choisir l’horaire, la durée et les criques visitées. C’est souvent préféré par les familles avec de jeunes enfants ou les groupes qui veulent plus de flexibilité.

Pour prolonger le séjour vers l’île voisine après une matinée en bateau-taxi, notre itinéraire de cinq jours sur l’île de Hvar permet de combiner excursions côtières et exploration de l’archipel.

CritèreSortie collectivePrivatisation
Coût par personneGénéralement plus réduitPlus élevé, mais réparti sur le groupe
HorairesFixes, définis par l'opérateurFlexibles, négociés avec le passeur
ItinéraireCommun à tout le groupePersonnalisable selon les envies
AmbiancePartagée avec d'autres visiteursIntime, groupe fermé
Adapté àSolos, couples, petit budgetFamilles, groupes, occasions spéciales

Gozd traditionnel amarré près de l’embouchure de la Cetina à Omiš, falaises calcaires et eau turquoise en arrière-plan

Ivo Barišić (suite) : Sur le prix exact, je préfère rester prudent : il varie beaucoup selon la saison, la durée demandée, le nombre de passagers et le carburant consommé. Le mieux est de demander directement plusieurs devis sur place au moment de la réservation plutôt que de se fier à un tarif affiché en ligne, qui date parfois d'une saison précédente. Un petit pourboire est d'usage si la sortie s'est bien passée, mais il n'est jamais obligatoire.

Sécurité : ce qu’il faut vérifier avant d’embarquer

Camille Roux : Quels sont les repères de sécurité à connaître avant de monter à bord ?
Ivo Barišić : La sécurité, c'est la base du métier, bien avant le côté touristique.

Le port du gilet de sauvetage doit toujours être proposé, en particulier pour les enfants et les personnes qui ne sont pas à l’aise dans l’eau. La réglementation croate encadre strictement le nombre maximal de passagers autorisé par embarcation selon sa taille, et un opérateur sérieux ne le dépasse jamais.

Avant de monter à bord, un visiteur peut tout à fait demander à voir la patente ou l’autorisation d’exploitation du bateau, affichée normalement à bord ou à l’embarcadère. C’est une question tout à fait légitime, aucun professionnel sérieux ne s’en offusque.

Pour les visiteurs qui souhaitent prolonger l’exploration sous-marine autour de ces mêmes criques, notre guide des spots de plongée et de snorkeling en Croatie détaille les zones les plus intéressantes et la réglementation applicable.

Encadré sécurité. Vérifiez systématiquement : gilets de sauvetage disponibles pour tous les passagers, y compris les enfants ; bulletin météo du jour consulté par le passeur avant le départ (attention à la bora et au jugo, les deux vents dominants de l’Adriatique) ; nombre de passagers cohérent avec la taille du bateau ; consignes de sécurité données avant le départ, même brièvement.

Ivo Barišić (suite) : Côté météo, je consulte toujours les bulletins avant de partir. Si la bora se lève, on annule ou on raccourcit la sortie, sans négociation possible — c'est un vent qui peut se renforcer très vite. Le jugo est moins brutal mais amène une mer formée et souvent de la pluie, donc on adapte l'itinéraire vers des criques plus abritées. La saison de navigation praticable s'étend globalement d'avril à octobre, avec un pic de confort entre mai et septembre.

Éviter la foule : quand et où ne pas aller en été

Camille Roux : Quelles criques faut-il éviter en plein été à cause de la sur-fréquentation, et que recommandez-vous à la place ?
Ivo Barišić : En juillet-août, certaines criques les plus connues du secteur Omiš-Makarska voient une forte affluence de bateaux excursionnistes en milieu de journée, entre 11h et 16h environ. L'ambiance change complètement par rapport au matin.

Ma recommandation, c’est toujours de partir tôt, dès 8h-9h, pour profiter d’une crique quasiment vide avant l’arrivée des groupes plus nombreux. En haute saison, je privilégie aussi les criques un peu plus excentrées, vers le sud de la Riviera de Makarska ou les abords moins fréquentés de Brač, plutôt que les sites les plus photographiés. Pour situer ces criques confidentielles parmi l’offre balnéaire plus large du pays, notre classement des plus belles plages aux eaux turquoise de Croatie reste un bon point de comparaison.

C’est aussi pour ça que je considère mon activité comme complémentaire des grandes plages classées et des classements de plages plus accessibles : je ne concurrence pas ces sites, j’emmène les visiteurs vers autre chose, plus tranquille, à un autre moment de la journée.

Quelques repères selon le profil du visiteur :

Voyager de façon responsable sur ces criques fragiles

Camille Roux : Quel conseil donneriez-vous pour préserver ces criques et voyager de façon plus responsable ?
Ivo Barišić : C'est une question que je prends très au sérieux, parce que ces criques, c'est mon lieu de travail depuis toujours, et je vois bien l'impact du tourisme de masse sur certains sites très médiatisés.

Le mouillage doit se faire sur les zones sableuses plutôt que sur les herbiers de posidonie, qui sont essentiels à l’écosystème marin et très longs à repousser une fois abîmés. Tous les déchets doivent être rapportés à bord jusqu’au retour au port, rien ne doit rester sur place, même ce qui semble biodégradable.

Le respect du calme est aussi important : pas de musique forte qui dérange la faune et les autres visiteurs venus chercher la tranquillité. Et je conseille toujours de privilégier des opérateurs locaux qui limitent volontairement le nombre de passagers par sortie, plutôt que les plus grosses embarcations qui multiplient les rotations sur les mêmes criques.

Je pense aussi qu’un bon passeur a un rôle presque pédagogique. Beaucoup de visiteurs ne réalisent pas l’impact d’une ancre mal placée ou d’un déchet plastique laissé sur une plage isolée où personne ne passera avant plusieurs jours. Prendre deux minutes pour expliquer pourquoi on mouille à tel endroit plutôt qu’à tel autre, ça change vraiment le comportement des gens sur la durée. C’est aussi dans l’intérêt de mon activité : si ces criques perdent leur caractère préservé, elles perdent aussi ce qui fait leur valeur pour les visiteurs.

Encadré comportement responsable. Mouillage sur sable, jamais sur les herbiers marins ; aucun déchet laissé sur place, même organique ; niveau sonore respectueux du site et des autres visiteurs ; préférence pour des opérateurs locaux à taille humaine plutôt que les grosses flottes excursionnistes.

Pour prolonger l’exploration nautique de la Dalmatie

L’excursion en bateau-taxi n’est qu’une des façons d’explorer la côte dalmate par la mer, entre itinérance à la voile, plongée sur les fonds karstiques et découverte des îles voisines à son propre rythme.

Questions fréquentes

La seule solution pour les criques sans accès routier de Dalmatie centrale est le bateau. Deux options principales : réserver une excursion en bateau-taxi à la journée depuis un port comme Omiš, Split ou Makarash, ou louer un voilier avec skipper pour plusieurs jours. Le bateau-taxi convient à un visiteur sans expérience nautique qui veut découvrir une ou deux criques en une demi-journée, sans engagement ni compétence de navigation requise.

Une sortie collective (taxi-boat partagé) coûte généralement moins cher par personne mais impose des horaires fixes et un groupe partagé, tandis qu'une privatisation offre flexibilité et intimité pour un tarif plus élevé, réparti sur le nombre de passagers. Le prix varie fortement selon la saison, la durée de la sortie et le nombre de passagers : mieux vaut demander plusieurs devis sur place ou via l'office de tourisme local plutôt que se fier à un tarif affiché en ligne, souvent obsolète.

Oui, fortement recommandé en haute saison (juillet-août), où les places se remplissent rapidement, en particulier tôt le matin quand la mer est la plus calme et les criques les moins fréquentées. En basse saison (mai, juin, septembre), une réservation la veille suffit généralement. Il vaut mieux confirmer directement sur place, auprès des embarcadères, plutôt que via des plateformes non vérifiées.

Plusieurs criques du littoral situé entre Omiš, Makarska et les abords de Brač ne disposent d'aucune route carrossable, en raison du relief karstique abrupt et de la présence de zones protégées comme le parc naturel de Biokovo. Ces criques se distinguent des plages accessibles en voiture (comme celles présentées dans nos classements de plages) par leur relative confidentialité et l'absence totale d'infrastructure terrestre.

Le port du gilet de sauvetage doit être proposé systématiquement et la réglementation croate encadre le nombre maximal de passagers par embarcation. Il est recommandé de vérifier que l'opérateur affiche une patente ou une autorisation visible, de se renseigner sur la météo du jour (bora et jugo peuvent imposer l'annulation d'une sortie) et de signaler toute inquiétude au passeur avant le départ, notamment avec des enfants à bord.

Le bateau-taxi est une excursion journalière, sans compétence de navigation requise, organisée depuis un point fixe comme Omiš vers des criques proches. La location d'un voilier, avec ou sans skipper, s'inscrit sur plusieurs jours et permet une itinérance complète entre les îles dalmates, avec davantage d'autonomie mais un budget et une organisation plus conséquents. Les deux formats sont complémentaires selon la durée du séjour et le budget disponible.

Les bonnes pratiques recommandées incluent le mouillage sur les zones sableuses plutôt que sur les herbiers de posidonie, le rapport de tous les déchets à bord jusqu'au retour au port, le respect du calme des lieux (pas de musique forte) et le choix d'opérateurs locaux qui limitent le nombre de passagers par sortie plutôt que les grosses embarcations collectives à fort trafic.