Publié le 3 juillet 2026 · 12 min de lecture
Entre Zadar et la frontière du Lika, le massif du Velebit dresse une muraille calcaire de 145 kilomètres de long qui sépare la mer Adriatique de l’arrière-pays croate. En son cœur, le parc national de Paklenica creuse deux canyons spectaculaires où l’escalade et la randonnée se pratiquent depuis les années 1930. Pour comprendre ce territoire exigeant, nous avons rencontré Marko Radić, guide de montagne certifié et membre actif du HGSS (Hrvatska gorska služba spašavanja), le service croate de secours en montagne, basé dans la région de Zadar depuis quinze ans.
Guide de montagne certifié — membre du HGSS, station de Paklenica-Velebit
Pour ceux qui veulent plus, deux options se distinguent nettement. La première, Anića Kuk, un pilier rocheux de 712 mètres d’altitude qui domine l’entrée du canyon : ce n’est pas une randonnée classique, c’est une via ferrata engagée avec des passages d’escalade facile, réservée aux personnes en forme et sans vertige, avec une paire de gants et l’idéal un baudrier léger. La seconde, Vidakov Kuk, à 1 421 mètres, est un vrai sommet de randonnée alpine, accessible sans matériel technique mais avec 1 100 mètres de dénivelé positif depuis le fond du canyon, un sentier parfois raide et caillouteux, et une vue à 360 degrés sur toute la côte dalmate et les îles jusqu’à Pag par temps clair. Comptez la journée complète, 7 à 8 heures aller-retour depuis l’entrée du parc.
Ma règle avec les visiteurs : le canyon jusqu’au refuge, c’est accessible à toute personne en forme normale, même des familles avec des enfants de plus de 8-9 ans. Anića Kuk et Vidakov Kuk, c’est réservé à des randonneurs expérimentés, en bonne condition physique, à l’aise avec l’exposition et le dénivelé important. Le plateau du Velebit et le sentier Premužić, c’est un niveau alpin qui demande de l’autonomie totale — on est loin de tout secours rapide, parfois à 4-5 heures de marche du point de route le plus proche.
Pour Anića Kuk ou Vidakov Kuk : chaussures de randonnée montantes à tige rigide, bâtons de marche recommandés pour la descente, une lampe frontale même en partant tôt — on ne sait jamais si on rentre après le coucher du soleil —, une carte papier du parc en plus du GPS de votre téléphone, dont la batterie et le signal peuvent faire défaut en canyon encaissé, une trousse de premiers secours basique, un coupe-vent car le vent de bura peut se lever brutalement en crête, et impérativement un moyen de communication chargé. Le réseau mobile croate couvre correctement les crêtes du Velebit mais reste absent dans certaines poches du canyon profond.
Pour le trek sur le sentier Premužić et le plateau : équipement de trek complet, sac avec plusieurs jours d’autonomie alimentaire si vous ne comptez pas exclusivement sur les refuges gardés, duvet même en été car les nuits en altitude descendent facilement sous 10 degrés, et une trace GPS téléchargée à l’avance car certains croisements de sentiers sont mal signalés.

Ce qui aide énormément nos interventions : que les randonneurs informent quelqu’un — un proche, l’hébergement, le gardien du refuge — de leur itinéraire prévu et de leur heure de retour estimée. Beaucoup de nos interventions les plus longues concernent des personnes dont personne ne savait où elles se trouvaient exactement, ce qui multiplie le temps de recherche par trois ou quatre. Le registre disponible à l’entrée du parc et au refuge, où l’on peut noter son itinéraire, n’est pas juste une formalité administrative — c’est un outil de sécurité réel.
Le bivouac sauvage est toléré dans certaines zones du parc naturel, en dehors des zones de réserve stricte, mais il est interdit dans le cœur du parc national de Paklenica lui-même. Je recommande toujours de vérifier la réglementation précise auprès de l’administration du parc avant de partir, car les règles évoluent et certaines zones de protection intégrale, notamment autour des habitats de rapaces, sont fermées à toute présence humaine à certaines périodes de l’année.
Pour les randonneurs qui envisagent d’autres massifs montagneux d’Europe centrale et de l’Est dans le même voyage, timetours-voyages.fr recense des itinéraires de trekking comparables dans la région.
Les ours bruns, c’est différent. Le Velebit nord, dans la zone du parc naturel, abrite une population stable, estimée à plusieurs dizaines d’individus, qui fait partie de la population plus large des Alpes dinariques partagée avec la Slovénie et la Bosnie-Herzégovine. Les rencontres directes restent rares parce que les ours évitent activement l’humain et fuient au moindre bruit, mais je recommande systématiquement de marcher en faisant du bruit régulier dans les zones forestières denses, surtout tôt le matin ou en fin de journée, de ne jamais stocker de nourriture dans sa tente en cas de bivouac, et de respecter les fermetures temporaires de sentiers annoncées par le parc en cas d’observation récente. Dans le canyon de Paklenica lui-même, la fréquentation touristique élevée dissuade largement la présence des ours, le risque y est donc minime.

“Paklenica, c’est juste une promenade dans un canyon” — FAUX en partie. Le fond du canyon est effectivement accessible, mais le parc englobe aussi des sommets techniques et l’accès au plateau sauvage du Velebit, qui exigent une préparation de niveau alpin.
“Il y a du réseau mobile partout dans le parc” — FAUX. Le signal est correct sur les crêtes mais disparaît par endroits dans le canyon encaissé. Ne comptez jamais uniquement sur votre téléphone pour la navigation ou l’urgence.
“Les ours du Velebit sont un danger réel pour les touristes” — FAUX, en grande partie. Les attaques sont exceptionnelles ; les ours évitent l’humain. Le vrai risque documenté par le HGSS reste la déshydratation, les chutes et la météo, pas la faune.
“On peut faire Vidakov Kuk en 3 heures aller-retour” — FAUX. Comptez 7 à 8 heures aller-retour depuis l’entrée du parc, avec plus de 1 100 mètres de dénivelé positif. Sous-estimer ce temps est l’une des causes principales d’interventions du HGSS.
“Le parc est fermé en hiver” — FAUX. Paklenica reste ouverte toute l’année, mais l’accès aux hauteurs est réservé aux randonneurs équipés pour la neige et conscients du risque avalancheux, qui existe bien sur certains couloirs du Velebit.
Premier conseil : partez tôt, toujours. Que ce soit pour le canyon simple ou pour Vidakov Kuk, un départ avant 8h en été vous met à l’abri de la chaleur la plus intense et vous laisse une marge confortable en cas d’imprévu.
Deuxième conseil : consultez la météo du jour, pas celle de la veille. Le Velebit génère son propre climat de crête, très différent de celui de la côte à quelques kilomètres. Le bulletin du DHMZ, l’agence météorologique nationale, est plus fiable que les applications génériques pour cette zone spécifique.
Troisième conseil : signez le registre du refuge. Ce geste simple, souvent négligé, réduit considérablement le temps de recherche en cas de problème. C’est la meilleure assurance gratuite que vous puissiez avoir en montagne.
Pour organiser un séjour combinant montagne, canyons et littoral dalmate, notre guide de plongée et snorkeling en Croatie complète utilement une étape terrestre dans le Velebit par une immersion sous-marine le long de la même côte. Et pour préparer votre base à Zadar, porte d’entrée la plus proche du parc, consultez notre guide complet pour visiter Zadar. Si vous cherchez un hébergement de montagne pour compléter votre étape Paklenica, le site partenaire location-croatie.com référence des locations près de Starigrad et sur toute la côte du Velebit.
Non, pas pour le canyon principal. Le sentier qui remonte le Velika Paklenica depuis l'entrée du parc jusqu'au refuge de Paklenica (Planinarski dom) est accessible à toute personne en bonne condition physique, sur un chemin large et bien entretenu, avec un dénivelé modéré. En revanche, les sommets comme Anića Kuk ou Vidakov Kuk et les traversées du Velebit exigent une expérience réelle de la montagne, de l'orientation et un équipement adapté.
Fin avril à juin et septembre-octobre sont les fenêtres idéales. En été, les hautes températures et le manque d'ombre sur les crêtes du Velebit rendent l'effort risqué, en particulier pour la déshydratation et les coups de chaleur. L'hiver amène de la neige en altitude dès novembre, avec un risque avalancheux réel sur certains couloirs, ce qui réserve cette période aux randonneurs équipés et expérimentés en montagne hivernale.
Le canyon principal, correctement balisé et fréquenté, présente un risque faible si l'on reste sur les sentiers. Le danger augmente fortement dès qu'on s'aventure sur les voies d'escalade d'Anića Kuk, les crêtes exposées du Velebit ou hors sentier. Le HGSS intervient chaque année pour des randonneurs égarés, déshydratés ou blessés par chute, souvent après avoir sous-estimé la météo ou le balisage discret en haute altitude.
Oui, dans le Velebit nord, en particulier dans les zones forestières autour du parc naturel du Nord-Velebit, une population d'ours bruns est bien établie. Les rencontres directes restent rares car les ours évitent l'humain, mais les bonnes pratiques (bruit régulier en marchant, stockage de la nourriture, respect des consignes du parc) sont indispensables. Dans le canyon de Paklenica lui-même, la fréquentation dissuade largement leur présence.
Un billet d'entrée payant est obligatoire pour accéder au parc national de Paklenica, comme pour Plitvice ou Krka. Il se règle à l'entrée du canyon ou en ligne à l'avance en haute saison. Aucun permis spécifique n'est requis pour les sentiers balisés classiques, mais les voies d'escalade et certaines zones du Velebit nord peuvent nécessiter une déclaration ou un accompagnement selon la réglementation du parc naturel.